PIERRE LE VÉNÉRABLE
1092 env. - 1156


Né en Auvergne, dans la famille de Montboissier, Pierre fut élevé au grand prieuré de Sauxillanges, qui dépendait de l´ordre de Cluny. Moine à seize ans, il fut écolâtre, puis prieur de Vézelay et, en 1120, de Domène, près de Grenoble. Il n´avait que trente ans quand il fut, en 1122, élu abbé de Cluny, à la place de l´abbé Ponce, obligé de démissionner. Après un voyage en Terre sainte, celui-ci voulut reprendre son abbaye; repoussé et débouté de ses prétentions, il mourut emprisonné à Rome en 1127. Héritant de la charge d´un ordre immense, qui jouissait d´un prestige incomparable et continuait de s´accroître, Pierre eut la sagesse de l´organiser. En 1132, il réunit le premier chapitre général. Il rédigea des statuts concernant la liturgie et les observances. On a retenu son conflit avec saint Bernard en l´exagérant: il s´agissait de la rivalité entre un ordre qui se trouvait en possession d´un passé prestigieux de plus de deux siècles, était solidement implanté et possédait à Cluny la plus belle église de la chrétienté, et un ordre récent, dont les petites abbayes se multipliaient vite, avec la fraîcheur et l´impétuosité de la jeunesse. En fait, Pierre et Bernard s´estimèrent, mais le premier ne partageait pas la fougue du second. Courageusement, l´abbé de Cluny prit sous sa protection le malheureux Abélard vieillissant, condamné par le concile de Sens. Le grand dialecticien plaisait à l´abbé de Cluny, qui s´intéressait à la théologie, combattait par la plume les hérétiques, faisait traduire le Coran pour discuter avec les musulmans, accroissait notablement la bibliothèque de Cluny. Poète, Pierre était capable de composer d´un seul jet des hymnes. Agréable conteur, il rassemblait dans un recueil de Miracles des anecdotes curieuses. Ses lettres le montrent ami tendre et fidèle, d´une parfaite égalité d´humeur, toujours content, d´une gravité souriante. Abbé du plus grand monastère de la chrétienté, il ne dédaignait personne. Il sut apprécier le charme des humbles débuts de la Grande-Chartreuse. Pierre, qu´en 1153 l´empereur Frédéric Barberousse avait surnommé Vénérable, mourut, comme il l´avait désiré, le jour de Noël. Bien qu´il n´ait pas été canonisé formellement, l´ordre bénédictin l´honore le 11 mai avec ses quatre grands prédécesseurs, Odon, Maïeul, Odilon et Hugues, en reconnaissant en lui un des exemples les plus parfaits de l´abbé selon saint Benoît.

Extrait de l´ENCYCOPAEDIA UNIVERSALIS


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